
Dans ma ville
Il y avait la vieille et ses pas hésitants sur le trottoir.
Il y avait le ciel et une cabine téléphonique.
Il y avait des graffiti sur le mur et un homme et un chien et une bouteille, en laisse.
Il y avait le bitume bien dur et une folle un peu rouge.
Il y avait un papillon des villes et c'était le printemps.
Il y avait un coquelicot des champs mais c'était la ville quand même.
Il y avait des tronçons d'autoroute, mais c'était plus loin.
Il y avait l'été sous les jupes des filles.
Dans ma ville.
Il y avait des arbres avec des feuilles, mais pas tout le temps.
Il y avait des fils électriques et des vélos sur la béquille..
Il y avait le monde et c'était l'hiver.
Il y avait le bruit, mais l'oiseau était là, l'écureuil aussi, sans laisse.
Il y avait un homme politique et une danseuse du ventre, c'était en janvier.
Il y avait la dernière cigarette de l'homme et le premier souffle du bébé.
Il y avait le soleil et les coquillages sous le béton.
Il y avait le bouquiniste et le poème, sans laisse.
Dans ma ville.
Il y avait les jours de la semaine qui défilent, mais plus lentement, et la bouche d'égout.
Il y avait les pompiers et l'incendie et des jeux d'enfants.
Il y avait la femme au chapeau et la femme aux bottes et la femme aux hommes.
Il y avait la lumière du jour et les fenêtres ouvertes, mais le banc était vide.
Il y avait les loups dans la ville, et la statue fière.
Il y avait la lune aussi, mais sans emphase.
Il y avait la petite fille et ses rêves et l'homme sans avenir.
Il y avait la vie qui continue et mon père sur la photo.
Dans ma ville.
Il y avait un goût de regret sous les pétales du Maroc.
Il y avait des bougies et des comédiens de rue.
Il y avait des pique-niques et les montagnes autours.
Il y avait des flammes politiques et des révoltes populaires.
Il y avait des concerts partout et des pères qui meurent quand même.
Il y avait une falaise et l'ombre sous les pieds de la femme.
Il y avait de la brume et l'eau était belle.
Il y avait une odeur sucrée et l'orage d'été.
Dans ma ville.
Il y avait sa peau aussi, parfois, sous le sable.
Il y avait le sourire qui vient mourir sous la glace.
Il y avait l'eau qui monte au ciel et des murs sous les racines des arbres.
Il y avait un bouquet de fleurs et une femme qui attend.
Il y avait de l'amertume sous la langue de la vieille.
Il y avait son corps qui courait et le cri dans la nuit.
Il y avait une petite fille et une robe à fleurs et le temps qui passe..
Il y avait les hommes qui se battent et la pluie qui nettoie le sang.
Dans ma ville.
Il y avait un baiser qui se perd et des carcasses de caresses vides.
Il y avait une terrasse animée et une histoire à écrire.
Il y avait trop de monde pour lui, elle rêvait d'un autre, il voulait partir.
Il y avait l'odeur d'une église et ses mains dans la glaise.
Il y avait six lunes déjà et un regret sur le bout de sa langue.
Il y avait l'oiseau qui migre, et l'éléphant et la girafe et c'était le cirque.
Il y avait des lèvres entrouvertes et des rêves qui s'échappent.
Il y avait comme une passion, mais c'était hier.
Dans ma ville.
Il y avait de la tristesse dans sa voix et des peaux animales.
Il y avait un homme qui patiente, un homme qui fait des promesses, un homme qui pleure, parfois.
Il y avait des cailloux sur le chemin et la mort qui rôde.
Il y avait le soleil qui tombe en flocons sur les toits et les marécages sous ses bottes.
Il y avait le bruit des talons et le fruit défendu.
Il y avait la drogue dans les rue et l’homme qui rigole très fort.
Il y avait la première étreinte et le dernier regard.
Il y avait la femme qui écrit et le monde autour.
Dans ma ville.
Paule Mangeat
Quelle belle expression énumérée de la vie, au jour le jour, nuit après nuit, avec tous les détours qui composent les partitions sublimes de la passion.
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