samedi 6 août 2011

Cette vague, par Sonia Lounis

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Vague de Camille Claudel

 

 

 

 




 










Cette vague…



Une vague échoue sur la rive, rejette avec force des détritus de tous ordres et me reprend dans son retour vers le large pour me faire échouer à mon tour sur des îles de solitude qui menacent par leur hostilité.
Je n’ai jamais su faire la part des choses dans de pareils cas. Folie ou orgueil, j’ai choisi la solitude pour mieux préserver mes amours mortes, mais cette solitude que j’ai depuis longtemps recherchée s’est avérée être ma pire ennemie ; elle me fait souffrir dans le silence. Je la bois comme du calice. Sur cette île de mon naufrage, je sais que je vais non seulement souffrir sans bruit, mais sans l’être cher aussi. Quel paradoxe ! Cet être est à la fois l’objet de mes amours, de ma solitude et de ma punition. Je suis prisonnière et le crime que je paie de ma pénitence est celui d’avoir aimé.


Solitaire, l’amour m’a quittée et seule, c’est le monde que, moi-même, je quitte de plein gré. Je croyais que de cette solitude j’allais me construire la poésie qui m’en consolera ; que j’allais me livrer à des méditations qui me le ramèneraient dans la plénitude des nuits étoilées, mais j’avais vu faux tout au long de ces années. Cette solitude, en réalité, n’a fait que sonner le glas de ma quiétude, de mes passions folles et interdites… Somme toute, elle n’a fait que sonner mon glas.


Certes, je n’ai pas cessé d’aimer même dans la fin de l’espérance, mais même si l’amour est encore grand, le cœur n’y est plus. Il n’y a pas si longtemps, il eut été impensable que mon cœur bâtât dans un autre rythme. Je voulais qu’il synchronise ses palpitations avec l’objet de son amour, à présent, morne et solitaire, il doit régler son souffle à l’agonie des amours mortes, de l’assommante solitude et de la froideur de cette île déserte… de la fin des rêves.


La vague qui avait englouti ma carcasse à présent me malmène et me pousse dans des délires abominables. J’ai hâte de la voir me relâcher enfin, quitte à le faire sur cette île maudite. Saisi d’un total envahissement, mon cœur ne cesse de chanter les rengaines du total désespoir, des antiennes lassantes dont le refrain est : « des maux, choisir les moindres. »


J’ai décidé alors à me relever pour laisser passer cette vague…


Sonia Lounis
mai 2003

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