vendredi 19 mai 2017

Dom Corrieras par Djaffar Benmesbah





Ad libitum de Dom Corrieras

D’un design volontairement singulier, le format fuyant le rectangulaire échu au livre dès sa naissance, le livre de Dom Corrieras -Editions Bazart Poétique- divulgue de visu le rapport privilégié qu'entretient l'éditeur avec l'expressivité et la sonorité du poète d'une part et d'autre part, la complicité des de...ux dans l'affermissement plastique de l'esthétique.

Il est des recueils de poésies que l'on ouvre pour donner la parole à leurs auteurs et les écouter nous surprendre puis, mot après mot, on prend conscience qu'ils nous ont emportés. Ad libitum en est un. Un ouvrage par lequel Dom Corrieras exploite les fureurs avec des suppliques sur d'insolites pirouettes politiques afin de débusquer les fauteurs du chaos.

168 pages en chant qui revisitent dans une bouffée d'entrain, délicatement hypnotique, une humanité déshéritée et désincarnée, pleine de curiosités irisées qui font grincer à la fois les joies absurdes et les déceptions virulentes des hymnes infernaux. 168 pages poésies et de nouvelles toutes en proses nimbées d'un halo d'une sensibilité sacrée pour nous livrer notre propre vie avec son silence et ses pactes nonsensiques. Claude Billon annonce en préface que "Dom a le sentiment que gagner un combat d'homme ne peut se faire sans la poésie! Contre le vulgaire de la guerre. Contre les Rétrécisseurs de la vision comme de la vie simple"

"D'entre mes doigts" "Au large de mes grisailles" de "Mercredi" à "Mars" "Avec plus de temps" "Dans ma rue" "Anticorps" "l'apologue du caméléon, tout se mêle en soupirs physiques conçus par l'auteur pour fuir l'immobilité ouateuse.
La poésie ne se consomme pas, elle est l’émotion pure de l’âme de toute chose. Dom Corrieras n'a pas d'autres impératifs que de sublimer cette même pureté avec la volonté de l'absoudre de toute notion de morale définitivement établie, loin, très loin des paroles mutantes au tracé mélancolique qui manigance les hyperboles louangeuses. Il a le don de parler de la vie des autres dans un dépouillement non allusifs des vérités cachée pour mieux assumer la sienne dont l'énergie cinétique se fusionne agréablement aux rayons vibratoires de sa prose qui, comme lui, se dévoile tenace à rester libre.

Djaffar Benmesbah

(Mots alignés et lus lors du lancement des Editions Baz'art poétique (reproduits avec l'autorisation de l'auteur)

mardi 2 mai 2017

Autour de Dom Corrieras/ Rencontre-Dédicaces




J-4

Rencontre autour de la première publication des Editions Baz'art Poétique.

Avec :

Djaffar Benmesbah
Sonia Lounis
Anne de Commines
Eric Meyleuc
Rezki Rabia
Pedro Vianna

Le 6 Mai 2017 à partir de 15h

Brasserie Le Métro
70 rue Paul Vaillant Couturier Malakoff
M° Malakoff-Etienne Dolet, ligne 13



mardi 7 mars 2017

Publication: Ad libitum de Dom Corrieras





Ad libitum de Dom Corrieras
Collection "Les poètes d'à côté"
Préface de Claude Billon
Editions Bazart Poétique

Paru le 07 mars 2017

N° ISBN  978-2-9560158-0-2

Prix: 13 euros
(Pour se procurer le recueil: envoyer un chèque de 15 euros à Editions Bazart Poétique, 6, rue de Provence, 92140, Clamart)

La vente sur internet est en cours de réalisation.

Une RECONTRE avec l'auteur est prévue le Samedi 6 Mai 2017























Extraits:

Juan-Les-Pins

Combien de chances
Sur cent million d'hommes
La mer à Juan-Les-Pins
Voit passer des trains
Trop de bleu
Dans les vagues
Si aujourd'hui je déraille
Demain pourra m'éteindre

Juan-les-Pins 2007

Mur

Ils atteignirent ensemble le mur du son.
Elle et lui collés l'un contre l'autre.
Elle dans la position du cochon truffier
Et lui dans celle du motocycliste plutôt pressé.
On voit le tableau.
Lui et elle face au mur du son.
Encore un petit cri Madame et le mur sera franchi.

Toulouse-2015










jeudi 2 mars 2017

Chanson, Par Christian Deudon

















Chanson

"Le château et la châtaigne ont bien le chapeau sur la même oreille"

Le vieux fume sa pipe sans faire la grimace
Il mange sa soupe de limaces
Il meurt en haut sur la colline
Aux papillons qui butinent

Il contemple sa nouvelle vie
Syncrétique à l'envie
Et inverse la tendance
En donnant son sang à la vie
Au rendez-vous du saut de l'ange

Un effort inutile est une peine perdue
Sans effort les mots ont échu
La seconde tenue ne tue pas la présence
Nichée dans le giron de l'enfance

Mais je prends la plume pour libérer les mots
Le doigt sur la détente du stylo
Pour supprimer la phrase en trop

Christian Deudon
Cœur Satellite, Editions du Petit Véhicule, 2013

dimanche 19 février 2017

Musique d'ombre, par François Teyssandier


















Musique d'ombre

La musique de l'eau
Ploie l'ombre hâtive du ciel
Vers l'oeil du torrent
Glisse sur ton corps
Qui se dévêt de ses muscles
Et pénètre dans tes os
Comme un feu de sèves amères
La nue creuse la peau
De ton visage qui s'aiguise
Et se déchire aux angles acérés des pierres
Dessèche tes lèvres closes
En un bruit sec de givre
Parmi de lointains échos de vent
Ta voix rompt le silence
Abrupt des jardins
Ton pas s'alourdit sur la grève
Qui s'éloigne au soir vers d'autres rives
Tu vis par l'écriture du feu
En ce lieu désert privé d'âme
Qui est semblable à la terre
Et de même poids dans tes mains
La flamme ardente du songe
- Ecume et mort solaires -
Circule comme un acide dans tes veines
Et brûle tes yeux ouverts
Sur la nuit obscure qui devient
Vigile de ta voix près des sources
La mémoire des jours enfuis
Marche à l'encontre de tes pas
Comme de nouveaux paysages
Rassemblant parmi le feu des routes
Cette floraison de mots et de signes
Qui sculpte l'ombre dans chaque visage
Arbres de chair vive
Et de paroles nomades
Qui volent la nuit sur les pierres
Blanches du sommeil
Et étirent leurs branches nues
Autour des lampes qui s'éteignent
Dès l'aube sur le seuil

François Teyssandier

vendredi 10 février 2017

Lumière noire de Rimbaud, Par Yann Orveillon
























illustation F.Maaouia



Lumière noire de Rimbaud


Site pliocène de l'Hadar,
dépression de l'Afar,
le long du fleuve Awash,
nord-est de l'Ethiopie.

Elle est au point milieu
de la faille du rift.
Elle est au point focal
où pulsionne l'esprit.
Debout,
elle contemple
la matrice tellurique
d'où elle est née.

Lucie,
nue,
pétrie d'Afrique,
son corps est lumière noire.

Lucy,
symphyse pubienne fracturée,
alors le coquillage
des mains croisées
protège le sexe.

La dramaturgie humaine
est en marche.
Elle regarde intensément
les hauts plateaux.

Sait-elle déjà
a des millions d'années
qu'elle guette
un homme
aux étranges yeux bleus?
Elancé,
farouche, dur et tendre,
on l'appellera
Rimbaud-l'éthiopien
l'homme aux semelles de vent.

Yann Orveillon
1941-2011
Extrait de Elle, ou "LE CORPS ARCHITECTE"
Ed. Les Voleurs de Feu / Al Laerian Tan (2003)
Repris dans" La Voie des Autres, N° 4, Mai 2010

jeudi 9 février 2017

Fermé! par Rezki Rabia : trad. KR























Fermé!

Ses mains sur le piano
Sa tête en vadrouille dans les étoiles
Poème il est devenu
Et elle... une musique

Brulés par le même tison
Qu’eux même ont inventé
Cendres ils sont devenus
Dispersées dans le ciel

Dans le coin du bistrot
Il ne reste que le piano
Dessus, un bout de tissu
Il rêve de doigts qui jouent
On l’entend parfois pleurer
Dans la nuit obscure
N’arrivant guère à oublier
Le duo parti à jamais

Il ne reste plus rien
La porte du bistrot est close
Comme un patelin abandonné
Il deviendra fatalement
Les vents le squatteront
Les chiens pisseront dessus
Son adresse s’effacera
De tous les agendas des amis


C’est quoi au juste un bistrot ?
Une simple demeure
Et c’est quoi un piano ?
Un simple bout de bois
Ainsi diront les sans scrupules
Ils paieront cash
Pour en faire une agence de banque.

Rezki Rabia
Traduit du kabyle par Kader Rabia

lundi 8 août 2016

Comme écrit sur les lignes de la main ce plaisir enfantin / Par Kader Rabia



Zone d'ombre de Faouzi Maaouia 2016

(1)

A 7 ans
Un jour de Juillet à Bouzaréah
Avec mes deux pêches dans la poche
J’attends Nadou dans la cour de l’école
Je lui tends la plus grosse des pêches
Elle la prend en mordant sa lèvre inferieure
Nous mangeons les deux fruits jusqu’au bout des noyaux
Eclaboussant les alentours
Et jouant des mains à qui touche l’autre
emportés par une joie
trempée
dans
l’infinie
insouciance.

(2)
A 23 ans
Déambulant à la Casbah
En compagnie de Zhor
J’achète deux pêches aux Souk de la Mosquée des Juifs
Nous descendons vers la pêcherie
dessinant des rêves improbables
en dévorant des yeux l’horizon
Prête pour la bise inaugurale,
Elle cerne comme un peintre mon regard insistant
Et je m’amuse à humer son parfum
Oubliant mon fruit dans la poche

(3)
A 60 ans et plus
Je suis dans ma modeste demeure à Clamart
épluchant mes souvenirs
devant une table bancale
Deux pêches attendent dans une assiette
Prolongeant deux cafés sans sucre
Je les rapproche, attendant la suite
Et la voix de Nani ….
vient interrompre mes pensées vagabondes :
« Chéri, voila le couteau et….
N’oublie pas tes médicaments ! »

Kader Rabia 2016

dimanche 10 avril 2016

Je pourrais.... / Par Lila Boudjema



























Illus.Ed.Steichen, 1921


Je pourrais
la gueule ouverte et
l'estomac affamé le fleuve sauvage...
Te redescendre
Te regarder planter tes nuits
avec un peu de retard.
Je ne sais pas ce que je ne pourrais étreindre chez toi.
Peut-être la monotonie. ...
C'est monotone un homme qui s’efforce de me repousser.
Tu sembles dire embrasse-moi !
tu sembles seulement.
Il fut long le silence de ta chair
Tu connais le front brûlant de mes baisers et
ta tête que je renversais..
s'enfouissait épaissit par nos lèvres escamotées
et j'aimais là où le jour languit,
prendre toutes les rafales contre ma poitrine,
à l’intérieur de la terre, te serrer, parfum de cendre.
Je pourrais te reprendre te rendre fou mais pour l'heure
j'impose
mes humeurs mes discussions muettes lointaines perdues.
Une femme, vois-tu, rejette toutes les absences
regards bras voix peaux rires
Et toutes sont éternelles si tu n'es pas au bout.
Lila Boudjema